Lima - Cusco, 25 heures de bus, départ dimanche 6 mars 16h30 arrivée lundi 7 mars 17h30, 1100 km, altitude: de 0 à 3400m.
"Vingt-cinq heures de bus ? Mais quelle horreur !"
J'entend d'ici ce commentaire dans vos têtes, et laissez-moi vous prouver le contraire: je serais bien resté une semaine dans ce bus ! L'ambiance y est tamisée, les rangées ne comptent que trois sièges et non quatre, à l'étage inférieur où je me trouve il n'y a que douze sièges et de toute façon nous n'y sommes que sept. Les sièges sont en cuir extra-moelleux, mes jambes tiennent étendues devant moi, et quand j'allonge mon dossier je suis presque comme dans un lit. Pas de problème de froid ici, nous avons couverture et oreiller à disposition, pas de problème de faim non plus, nous avons diné et petit-déjeuné compris (bon pas déjeuné parce qu'on n'était pas censé arriver aussi tard, le trajet dure normalement 22h mais nous avons due changer une roue en cours de route...).
Arrivée à Cusco, il fait entre 10 et 15°C quelle bonheur, je me sens enfin en hivers après six difficiles mois d'été au Brésil et à Lima. Je rencontre un gentil couple de chilien en sortant du bus, nous allons ensemble à l'auberge de jeunesse que j'avais réservé. Le couple me fait comprendre mon mal de tête atroce de 8h du matin en me disant qu'à cette heure-ci nous étions à 4500m d'altitude... Nous sommes à 3400m d'altitude, je ne suis jamais allé si haut et je le sens. Après avoir marché une petite heure dans les rues autours de l'auberge à la recherche désespéré d'un supermarché pour pouvoir diner, je me sens comme après avoir couru plusieurs heures... Je passe donc les quelques jours suivant avec une tasse d'infusion de feuilles de coca constamment au bout du bras, dors beaucoup et tout va vite mieux. Le centre historique de Cusco est très joli, je passe deux jours sans faire grand choses, entre retrouver des amis français rencontrés au Brésil, passer pas mal de temps à discuter avec une française et un argentin très sympathiques dans mon auberge et errer dans les allées du marché d'artisanat de la ville.
Vient enfin le 10 mars, date attendue depuis bien longtemps, le départ de "l'Inca Trail", quatre jours de trek jusqu'au Machu Picchu. Enfin. On vient me chercher à 5h30 à mon auberge, au programme du jours: 2 heures de voiture, trente minutes de pause à Ollantaytambo, puis une heure supplémentaire pour arriver au kilomètre 82 d'où part le trek avec le control des passeports. J'ai de la chance, mon groupe est super: deux couples de 20 ans (je me sens un peu vieille du coup...), des allemands et des danois. et le guide Miguel.
On organise nos affaires, on attache du mieux possible nos matelas et nos sacs de couchage sur nos sacs à dos, on passe le control, on prend une photo et nous voila partis à pieds. Le premier jours est relativement calme et facile. Nous avons de la chance et démarrons sous le soleil. Après quelques heures de marche il faudra tout de même couvrir nos sacs alors que la pluie si chère aux Andes en cette période de l'année fini par se montrer. La première surprise arrive avec le premier repas. Il faut savoir qu'en plus du guide, il y a quatre porteurs qui courent devant. Ils sont très impressionnant: aussi petits que des péruviens normaux, avec jusqu'à 25kg sur le dos, courent en haut des montagnes et descendent les escaliers irréguliers et glissant à une vitesse incroyable, afin d'arriver suffisamment avant nous pour avoir déjà monté nos tentes et préparé notre repas à notre arrivée. Ils portent d'ailleurs encore le nom quechua de "chasquis", messagers des incas qui couraient 22km à la fois dans les montagnes pour passer rapidement les messages, les appeler "porteur" est dénigrant pour eux. Nos quatre adorables chasquis étaient âgés de 19, 23, 34 et 57 ans, je n'ai malheureusement que retenu les noms des deux premiers Fernando et Ismaël parce qu'ils me demandaient toujours comment j'allais avec un grand sourire alors que c'était eux qui portaient le poids et faisaient tout le travail... En plus des chasquis, l'équipe comprend également un chef cuisinier, et c'est la que la surprise intervient: premier déjeuné sous la pluie, nous avons une grande tente qui nous attend avec une table montée avec jolie nappe, il fait chaud dedans et nous sommes servis comme des rois: entrée avec du guacamole frais et du pain à l'ail, soupe, plat de résistance très bon et complet et thé, le tout avant de continuer notre journée de marche. Et ce fut comme ça tous les jours, à tous les repas.
La première nuit se passe au calme avec le doux murmure de la rivière qui passe à coté, puis c'est partis pour le deuxième jour, l'épreuve la plus dure selon tous: le col de la femme morte à 4200m d'altitude.
Debout à 5h30, gentiment réveillés par Ismaël avec une tasse de thé, départ à 7h, on va monter jusqu'à 13h... Et c'est effectivement une épreuve. Ayant dormi à 3000m d'altitude, nous avons plus de 1000m à monter dans la matinée. La première partie dure une heure avant une première pause, plutôt tranquille. Puis 2h de montée avant la seconde pause: des escaliers, uniquement. L'idée est de monter les marches en zigzagant pour éviter de trop fatiguer nos genoux et pour toujours monter par le côté le moins haut de la marche pour moins se fatiguer. Je pars devant mon groupe pour pouvoir garder mon rythme et éviter les petites pauses régulières qui cassent mon souffle et les discussions me déconcentrent trop. Jusqu'à la prochaine étape je m'en sors bien, en faisant de longues traites jusqu'à ne plus pouvoir respirer avant de m'arrêter pour reprendre mon souffle. C'est dure mais ça va. Et nous voila partis pour la dernière étape, qui semble plus facile que les escaliers mais doit également durer environ deux heures. Pareil, je pars devant. Petit détail qui fait tout de même la différence, nous sommes de plus en plus haut et monter devient par conséquent de plus en plus fatigant ... Je pars avec mon rythme comme pour les deux autres étapes, et me rend vite compte que cette fois-ci ça ne va pas être possible. Je fini donc par faire un peu comme tout le monde: entre 30 secondes et 1 minute de marche pour 1 minutes de pause assise sur la première pierre trouvée alors que je suis constamment à bout de souffle. Cette étape est effectivement extrêmement dure et désagréable pour le corps mais le paysage est à couper le souffle (haha..). J'arrive enfin en haut, la plus dure étape du trek, la vue est absolument magnifique. J'attend les autres, on mange un bout, prend des photos et on est partis pour la descente: 1h20 sur des marches aussi hautes qu'irrégulières. Heureusement, nous avons un super déjeuner qui nous attend au campement une fois arrivés.
Le troisième jour est plus facile mais nous sommes tous fatigués et les deux heures de montée pour commencer la journée ne sont pas de tout repos. Mais le reste est tranquille, avec beaucoup de descente, malheureusement la pluie est avec nous pas mal de temps ce jour-la. En arrivant au campement nous avons droit à un thé sous la tente principale avec petits toasts au dulce de leche, tarte aux fruits de la passion et pop-corn ! On reste ensuite dans la tente pour jouer aux cartes jusqu'au diner, et laisser Miguel nous expliquer la tradition de fin de voyage qui aura lieu après le diner. Une dernière petite surprise nous attend à la fin du diner avec un délicieux gâteau fait par notre super chef SOUS LA TENTE !!! N'étant que six, nous décidons de partager le gâteau avec les quatre chasquis et le chef. Ils sont un peu timides mais finissent pas accepter. Après le diner, nous récoltons tous un peu d'argent pour donner en pourboire aux chasquis et au chef puis entamons la petite cérémonie sous la tente. Chaque chasquis se présente, certains sont très timides, puis nous nous présentons, je me charge de la traduction pour trois du groupe qui ne parlent pas espagnol (et je m'en sors !), et Miguel se charge de nous traduire le quechua si besoin (la plupart des chasquis vivent dans les montagnes et ont comme langue maternelle le quechua). Puis nous donnons les pourboires et allons dormir car il se fait tard et que Ismaël viendra nous réveiller à 3h le lendemain ...
Enfin, j'ai oublié deux petites précisions pour rajouter un peu de tension à la nuit: nous campons sur des constructions type terrasses agricoles en flanc de montagne, et en discutant avec Miguel un peu plus tôt il m'avoue que ce campement n'est pas le plus remplis car c'est le plus dangereux... Dangereux ? Ah ok, après explications il nous avoue qu'il ne voulait que nous le dire le lendemain mais puisqu'on insiste: en 2010, de très violentes pluies se sont abattue sur la région, le Machu Picchu a due être évacué par hélicoptère et sur ce campement plusieurs touristes sont morts, dont son collègue, lors d'éboulements de terrain.
Ah. Il pleut. Je vais bien dormir moi. Ah oui et la deuxième précision ? Après tant de thé, envie pressante vers 22h. Je prend ma lampe de poche, sors de ma tente sans la fermer vu qu'il pleut à peine. C'est en revenant que les choses se compliquent légèrement: ma lampe éclaire une jolie petite (énoooooooorme) araignée type mygale sur la porte ouverte de ma tente... Panique, je réveille le couple de danois, Christian sort pour récupérer mon sac de couchage et pouvoir m'héberger pour la nuit, en revenant dans sa tente il nous avoue n'avoir jamais vu une araignée aussi grosse (et ils étaient au Costa Rica avant...). Bref, je dors environ 2h, mais au moins à trois dans la tente il fait chaud ! C'est Ismael qui a du être surpris en nous apportant le thé le matin !
Dernier jour, Machu Picchu. Comme mentionné précédemment nous devons nous levez à 3h du matin car les chasquis doivent prendre le train à 5h (avec nos tentes !) sinon ils perdent une journée entière de travail. Une fois réveillés, l'idée est de sortir le plus vite possible des tentes avec nos affaires sur le dos et de courir (dans le noir donc) en bas du campement pour avoir des places assises sous l'abris pour attendre l'ouverture du passage pour le Machu Picchu à 5h30 du matin (sachant que nous sommes environ 250 avec les guides et que l'abris n'est pas très grand). Nous, super team, arrivons deuxièmes et avons donc la chance de pouvoir nous abriter de la pluie et nous assoir pour les deux prochaines heure, et en compagnie de Peach, la chienne qui nous suit depuis deux jours, qui a dormi la deuxième nuit presque dans la tente des allemands et qui me fait un gros câlin de une heure sous l'abris.
5h30, c'est partis. On entre sur le chemin, la luminosité est très basse, il faut marcher vite car le chemin est étroit et que tous les groupes partent au même moment, et en même temps faire très attention à ne pas trébucher sur les pierres, comme je l'ai dit, le chemin est étroit et avec la brume on ne voit même pas le bas...
Ça monte pas mal pendant ces deux heures de marche, jusqu'aux derniers escaliers extrêmement raides, que je monte à quatre pattes, pour atteindre la porte du soleil. Bon sauf qu'on a vraiment pas de chance: aujourd'hui pas de soleil et encore moins de vue... Au lieu de la super vue que l'on devrait avoir sur le MP, on voit... Bah du blanc ! Mais c'est beau le blanc !
Bon, on descend les 20 minutes de marches et on arrive enfin au MP !
Miguel nous fait visiter avec explications pendant 1h 30, puis je pars monter seule le Huayna Picchu, montagne qui surplombe le MP. Mes jambes me font souffrir atrocement a chaque pas mais je les oublie et monte en 50 minutes le presque millier de marches de la montagne, en courant pour ne pas avoir le temps de penser ni à la fatigue ni à la douleur. Bon, c'est dommage, une fois en haut c'est toujours aussi nuageux. Tant pis, je ne verrai pas le MP d'en haut ... Il pleut, je suis trempée, je redescend la montagne en courant parce que c'est assez marrant. Les marches sont totalement irrégulières et glissantes mais des cordes sur le coté aident la plupart du temps et je m'amuse pas mal à descendre vite !
Je retourne au MP pour voir les deux endroits que je n'avais pas eu le temps de voir avant. Les lamas sont enfin de sortie mais ne m'accordent malheureusement pas de belle photo. Puis je pars prendre le bus pour descendre à Aguas Caliente, la ville en bas du MP, qui porte son nom en raison des sources d'eau thermale qu'elle possède. Nous retrouvons Miguel dans un restaurant pour qu'il nous laisse nos billets de train pour rentrer. On déjeune, Miguel part pour son train et nous restons tout l'après-midi à jouer aux cartes au chaud dans le restaurant alors qu'il pleut des trombes dehors et qu'on est tous gelés.
La journée se fini tranquillement: nous dormons tous deux heures dans le train pour Ollantaytambo et deux heures dans le bus entre Ollantaytambo et Cusco. La douche chaude à l'auberge après quatre jours à se laver à la lingette pour bébé, pouvoir enfin soigner réellement mes ampoules et me mettre sous l'énorme couverture de mon lit, n'auront jamais été aussi agréables ! Enfin, ça aurait été mieux si je n'avais pas chopé la crève avec tout ça. Mais bon. On peut pas tout avoir, hein !
(Désolé pour le très long texte sans aucune photos, j'en avais pleins à partager mais un soucis d'ordinateur / connexion internet ne me permet pas de les inclures pour le moment)
Les photos c'est pas grave, j'ai remarquer que tu n'étais pas une pro .. Mais par-contre merci et bravo pour le texte qui finalement fait ressentir mieux que les photos se que tu as pu vivre, et ton texte montre aussi trés clairement les gens que tu as croisé et ses vues panoramiques qui sont a coupé le souffle. Ca donne envie ...
RépondreSupprimer