C'est parti pour MON grand voyage pendant ces six mois au Brésil. Me voila partie pour deux destinations dont je rêve depuis un petit bout de temps: les Lençois Maranhenses et la Chapada Diamantina.
Après avoir passer deux semaines à planifier le tout, j'ai pu me rendre compte que les Lençois Maranheses n'étaient clairement pas l'option de voyage la plus économique, et surtout que leur accès n'est vraiment, mais alors vraiment pas évident. Pour vous donner une idée, pour tenter de rejoindre la Pousada (auberge) qui m'intéressais à Atins (une toute petite ville en bordure du désert -contient de l'eau, donc techniquement pas un désert-) par mes propres moyens, depuis l'aéroport le plus proche à 250 kilomètres (Sao Luis, capitale de l'état du Maranhao), il m'aurai fallu deux jours à cause du manque de transports... Heureusement, en discutant avec le gérant de la pousada, j'ai pu me voir proposer un transfert direct depuis l'aéroport, à la seule condition que j'arrive à une heure bien précise: l'avion de 2h45 du matin. Oui ça fait tôt.
Donc c'est parti pour un vrai périple. Départ de la maison le mardi 3 novembre à 16h45, j'ai une chance de folie et attrape le bus pour l'aéroport à 17h00. Arrivée à l'aéroport international de Rio à 18h45, le lieu est vide. Vide. Je me retrouve donc devant ma porte d'embarquement à 19h ! Plus que deux heures à attendre ...
J'aurai une petite surprise une fois l'avion décollé, pensant que le vol durerai deux heures: ah bin non, en fait le Nordeste reste à l'heure d'hivers, donc une heure de moins, donc trois heures de vol... L'avantage c'est qu'il fait nuit, et que j'ai donc la possibilité d'observer le magnifique ciel étoilé. J'ai hate de pouvoir le voir du désert, ce ciel de l'hémisphère sud que je ne connais pas encore.
L'attérissage à Fortaleza pour mon escale se fait sans encombre. Cette ville est assez impressionante. Ce sont des lignes et des lignes de lumières, sans pouvoir apercevoir le moindre immeuble véritable. C'est plat, ça change pas mal de Rio !
Mon deuxième avion est retardé, une heure d'attente à l'aéroport entre minuit et 1h du matin et c'est là que je sais que je suis arrivée au bon endroit: à peine assise, j'ai déjà un moustique qui vient me titiller. Même à l'intérieur de l'aéroport... L'attente sera un calvaire à cause de ça, note à moi même, pour les quatre heures dans le même aéroport dans deux jours, prévoir le répulsif.
Une fois attéri à Sao Luis, avec quarante-cinq minutes de retard et la peur de rater mon transfer, le voyage est encore loin d'être fini. Les Lençois ça se mérite! Il faudra encore parcourir trois heures et demi de voiture jusqu'à Barreirinhas. Et se sont pendant ces quelques heures que l'on peut enfin se rendre vraiment compte que l'on se trouve au Nordeste, région désertique avec très peu de travail et une pauvreté extrême. Le long du chemin, il y a des dizaines de petites maisons construites avec des morceaux de bois et de la chaux. On repère vite les maisons un peu plus riches, faites de briques. Après le long trajet on arrive à Barreirinhas, la plus grande ville dans le coin. Les routes sont de terres sauf quelques unes du centre qui sont pavées. Je rencontre le tenant de ma pousada, qui me mène jusqu'au jeep qui va me permettre de parcours le derniers kilomètres. Là, il me faut attendre une heure, assistant impuissante à la pire organisation jamais vue: beaucoup de personne vont prendre cette voiture (nous finirons à quatorze personnes sans le conducteur), chacune d'elle ramène de la ville ses provisions, des énormes de sacs de riz, de farines et autres achats, je ne vous laisse même pas imaginer le manque d'organisation et de logique pour loger le tout sur le sol de la voiture. Nous finirons à treize à l'arrière, les pieds sur les sacs. C'est partis pour la fin du parcours: une heure trente de trajet dans le rien du tout.
Il n'y a absolument rien aux alentours, juste une vague piste pour les jeeps et les quads. Ça secous fort, ce sont donc une heure trente d'observation vu qu'ouvrir un livre est absolument impossible, rien que sortir mon foulard de mon sac pour protéger mes bras en train de bruler au soleil fut un parcours du combattant !
Voila, enfin arrivée. La ville, Atins, possède des routes, certes, mais des routes de sables ! D'un coup, au milieu de rien un peu avant la ville, apparaissent des cables électriques. Un peu plus loin, un grand panneau indique "électrification rurale - date de début 05/08/2015". Oui, vous avez bien lu. Il y a de l'électricité ici seulement depuis trois mois, et c'est un petit miracle quand on est ici et qu'on se rend compte qu'il n'y a absolument rien à vingt kilomètres alentour !
Enfin arrivée, il est onze heures quinze, je suis partie de mon appartement mon sac sur le dos il y a dix-neuf heures trente exactement... Entre temps j'aurai pris un bus, deux avions, un mini-van et une jeep, et parcourus près de 3 000 kilomètres.
Le jardin de la pousada...
J'ai exactement trois quart d'heure pour prendre un douche et souffler un peu avant que mon guide arrive avec le quad. C'est parti pour cinq heures dans les dunes des Lençois, enfin !
Malheureusement j'arrive à la fin de la période des lagunes. Elles sont déjà presques toutes asséchées avec l'arrivée de l'été. On fini par en trouver deux avec encore un peu d'eau jusqu'au genoux (il peux y avoir jusqu'à plusieurs mètres de profondeur !), dont une remplie de petits poissons. Vous savez ces petits poissons ou dans certains endroits on paye pour qu'ils nous fasse des massages de pieds ? Eh bien ici, sans payer, juste en mettant les jambes dans l'eau ils rappliquent tous pour vous faire des petits bisous, et une fois que vous êtes là, ils ne vous lachent plus ! Ou que vous irez, ils vous suivrons !
On va ensuite dans une sorte d'oasis: au beau milieu des dunes, ils y a un coin avec une végétations naturelle dense. Là, au milieu du désert, vivent deux familles, avec un restaurant. La femme vit là depuis vingt-huit ans. Juste à l'entrée de cette oasis, un bout de la rivière n'est pas encore asséché, cette rivière qui court sur toute une partie des Lençois grace aux lagunes durant l'hivers, pour aller se jeter dans la mer au bout du parc. Là, la profondeur est encore présente et il est possible d'y nager, encore que, calmez-vous, ce n'est pas cette eau qui vous rafraichira ! Elle est à peu près aussi chaude que la température extérieur: 30°C, à la différence que dehors il y a du vent !
Je passe la soirée à la pousada, pour un bon diner avec le tenant argentin et tous les argentins présent à ce moment. Rien de mieux pour améliorer mon espagnol, mais heureusement qu'ils comprennent mon portugais sinon ce serai compliqué.
Les délicieux pastels de siri
Il fait nuit noire, dans un village avec très peu de lumière: je peux enfin observé le ciel étoilé d'Amérique du Sud pour la première fois. Je suis bien perdue sans notre fameuse Grande Ourse, mais je sais désormais reconnaitre la Croix du Sud et les Trois Maria.
Après une nuit bien méritée, le réveil sonne tot pour aller faire du cheval toute la journée dans les dunes du parc.
Je commence avec Lichka, un cheval assez petit et très endormi. Autant dire que ce n'est pas le plus confortable pour moi et j'ai vraiment du mal à suivre mon guide qui a un cheval bien plus vif. On va jusqu'à un restaurant à l'entrée des dunes pour déjeuner les fameuses crevettes grillées, reconnues il y a quelques années comme les meilleures crevettes du monde par le NY Times, et j'approuve!
Voulant pouvoir assister au coucher de soleil depuis les dunes mais ne voulant pas crever les chevaux, on reste quelques heures au restaurant. On s'accorde une petite sièste dans les hamacs. La meilleure sieste de ma vie, parce que j'en avais vraiment besoin mais surtout parce que c'était dans un hamac avec juste les rires des enfants comme fond sonore et les palmiers, les dunes et le sable comme vision en ouvrant les paupières...
Allez hue Canabis, hue ! Tu n'avance pas du tout Canabis ... -A bon entendeur ;)
Vue de l'intérieur du hamac au réveil
Nous voila reparti, et mon guide me laisse Iko, son cheval, pour pouvoir accéler un peu. Quel bonheur de pouvoir galoper au pied des dunes. Les chevaux ont l'habitude et n'ont aucuns problèmes pour arriver au sommet. On s'arrête une demi heure dans ce qui est normalement une lagune mais complètement asséchée et donc avec beaucoup de végétation et d'herbe pour les chevaux. C'est l'occasion de pouvoir discuter un peu plus avec mon guide, argentin, venu aux Lençois il y a un peu plus de deux ans pour visiter sans être jamais reparti. C'est vous dire comme la vie est agréable ici ! Il me parle de ses chevaux, de ses problèmes d'intégration avec son commerce n'étant pas un natif, de la difficulter à trouver assez d'argent pour vivre et s'occuper de ses chevaux. J'ai adoré ce moment. J'ai pu ressentir tout l'amour qu'il avait pour ses chevaux, et à quel point il faut travailler ici pour s'occuper d'eux, aller acheter des kilos et des kilos de nourriture à la ville, les transporter, et avoir encore du mal à les garder en forme à cause du manque d'herbe dans les parages. Parce que si dans cet espèce de sable les manguiers, papayers, ananas (c'est aussi le nom de la plante!) et autres anacardiers (arbre ou pousse les fruits Cajou, qui donnes les noix, et un jus délicieu) poussent tout seuls (dans la pousada, tous les fruits mangés sont du jardin, même les ananas !) l'herbe, elle, ne pousse que très peu.
Now we're talking !
L'"oasis" est au bout, et on peut voir le sable voler avec se vent qui ne s'arrête jamais.
On remonte à cheval pour monter une grande dune et voir le coucher de soleil de là, mais malheureusement les nuages ont décidé de s'installer sur tout l'horizon... C'est pas grave, la lumière est quand même belle et l'ambiance tellement unique, seuls là, au milieu des dunes, avec la mer au bout. On se refait un bon galop pour rentrer à la pousada. Il est temps d'y passer ma dernière soirée et nuit, avec les délicieuses pasteis de Siri (petit crabe du Nordeste) fait par Maria José, la femme qui s'occupe de tout à la pousada, la soirée avec les Argentins, pas mal de rire et une dernière observation de ce ciel magnifique. Et demain, à six heure trente du matin, il sera déjà l'heure de quitter cet endroit paradisiaque, et je n'ai déjà qu'une envie: y retourner en hivers pour profiter des lagunes pour de vraie!
Depuis la lagune asséchée
C'était beau quand même !
Après deux jours de rêve, il faut bien repartir parce que la vie dans les Lençois coute chère et que le porte-monnaie a malheureusement une limite ! Et voila de nouveau le périple pour atteindre l'aéroport. Vous connaissiez la voiture taxi, la moto taxi, et bien moi je commence mon voyage avec un taxi encore plus cool, le quad-taxi ! Parce que dans ces routes en sable il n'y a pas vraiment d'autre choses qui passe. Après dix minutes de trajet, j'arrive au 'port' du village. Je dis 'port' parce qu'il s'agit ni plus ni moins d'une plage désertique. Il est 6h45 du matin, je suis seule sur les lieux, et je commence à douter que mon bateau vienne effectivement me chercher... Ouf sept heure, il arrive juste à l'heure. Une heure et quart de traverssés plus tard, j'ammarre à Barreirinhas, j'ai dix minutes pour trouver la banque devant laquelle doit m'attendre le mini-van pour l'aéroport. Bon il faut tout de même se rappeler que nous sommes au Brésil, après un taxi en avance et un bateau juste à l'heure, il fallait bien rééquilibrer la tendance avec quinze minutes de retard. Le van n'a plus de climatisation, ce seront donc près de quatre heures dans une chaleure étouffante. C'est donc seulement après six heures de trajet que je peux entamer le 'vrai' voyage, avec un premier avion pour Fortaleza, mon escale avant Natal. Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive et je pense que c'est symptomatique du Brésil, ils ont une facheuse tendance à commencer l'embarquement de l'avion à l'heure prévu du décollage de ce dernier ... Bon l'avantage c'est qu'ici, ce petit détail n'a pas l'air de beaucoup les stresser.
Mon sac à dos sur la plage déserte, esperant que le bateau raplique...
J'ai quitté un endroit paradisiaque dont j'avais rêvé depuis plus de deux ans. J'y ai rencontré des personnes intéressantes, comme lors de la plupart de mes voyages, mais celui-ci me laisse un sentiment différent, une tristesse différente. J'y ai trouvé un endroit que j'ai adoré, plus que beaucoup d'autre que j'ai pu connaitre. J'y ai trouvé quelque chose de spécial, de tellement différent de tout le reste. J'ai apprécier être un peu coupé du monde dans ce lieu magique. Et en le quittant je suis aussi triste que lorsque je quitte des amis chers sans savoir quand je pourrai les revoir. Le séjour fut court mais intense, et j'ai l'impression d'y avoir laissé un petit bout de moi, sans y avoir d'amis, sans y avoir d'attaches, j'ai trouvé un lieu ou je sais que je vais devoir retourner juste pour sa magie. Voila le genre de sentiment que vous laisse les Lençois Maranhenses après deux ans à en rêver...
Faisant tout depuis l'Ipad, je n'ai pas de possibilité d'intégrer les photos de mon appareil, donc pas de lagunes pour le moment.
Et désolé pour l'extrême longueur de l'entrée mais j'ai pas réussi à faire mieux. C'était tellement parfait !