Troisième étape du voyage, Recife/Olinda, Etat du Pernambouc, Nordeste, un jour et demi. Temps de trajet: 5 heures de bus tôt le matin depuis Natal.
Il s'agit plus d'une listes de personnes bienveillantes rencontrées les unes après les autres en un très court temps, que d'un réel récit de voyage. Mais ceci relate le sentiment général qui m'a porté pendant ce jour et demi.
Le car. Cette femme, s'accorde avec moi pour dire que les arrêts de ce bus sont bien étranges voir très peu sécurisant, et qu'on va patienter trente minutes de plus pour descendre à la gare routière.
La sortie de métro. Il y a du monde. Je n'aime pas le coin. Ce jeune qui me voit avec mes sacs à dos, scrutant les alentours, me propose directement son aide. Je la refuserait malheureusement dans ce climat ambiant de méfiance.
À l'arrêt du bus. Cet homme qui me demande d'où je viens puis me parle avec le plus grand intérêt de tous les philosophes français qu'il a lu. J'ai un peu honte, je n'en connais même pas la moitié.
Arrivée à l'auberge "Les pirates de la plage". Le pirate Will, de son nom de civil Hermeson, m'accueil. S'ensuit une bonne rigolade alors qu'il tente désespérement de deviner d'où je viens par mon accent en portugais. Il abandonnera après allemande, anglaise et même polonaise et me proposera plutôt le "shot de bienvenue" (on est dans une auberge de pirates hein...). Il restera mon petit favori de tout le staff de la meilleure auberge jamais fréquenté, où absolument chacun d'eux transmettent leurs sourires et bonne humeur en un clin d'oeil.
À la table de l'auberge. Jana, allemande voyageuse extrêmement sympathique, à qui j'aurais pris un malin plaisir à faire découvrir certaines des spécialités culinaires brésiliennes, de l'açai aux tapiocas, en passant par les brigadeiros et le jus de canne à sucre.
Pendant le petit déjeuné. Une incroyable dame allemande, 65 ans, ne fait définitivement pas son âge, a vécu une vie dont je rêve, et voyage encore de toute son âme.
A Olinda. Ce vendeur de bijoux par terre à l'ombre d'un arbre qui voulait me montrer son art. De son accent je déduis qu'il est immigré d'un autre pays d'Amérique du Sud. Je lui explique que je suis malheureusement à court d'espèces ce jour-là, mais reste discuter un peu avec lui, il est intéressant. Il me serrera la main et me remerciera d'être venue lui parler.
A l'auberge. Chacune de ces personnes avec qui j'ai discuté pendant ce court séjour dans cette auberge, tous avec différentes histoires de voyages et bons plans, tant intéressés par nos histoires respectives que se demander nos origines devient bien plus important que connaître nos prénoms.
Et enfin, dans le bus pour la gare routière. Jaci, la "cobradora", cette personne à qui on paye son passage en bus. Elle me demande d'où je viens, me laisse m'assoir à l'avant à côté d'elle. S'ensuit une véritable conversation de quinze minutes. Elle me raconte comme la vie est dure au Brésil, elle qui gagne le salaire minimum (R$750, à peine 180€) et qui élève tant bien que mal son fils et sa fille de 16 et 10 ans. Sa soeur s'appelle Joana, ils ont tous un prénom en J dans la famille. Elle me dit que son frère est déjà allé en France, mais que elle n'a jamais quitté Recife bien qu'elle rêve de voir le monde. La conversation tourne, je lui fait part de ma crainte de la violence dans certaines villes et de mon malaise à devoir prendre les transports aussi tard pour la gare routière (il est 20h30), n'ayant plus assez d'argent pour le taxi. A entendre ça elle prend soin de moi par tous ses conseils. Elle me dit de ne demander des renseignements qu'aux personnes un peu agés, qui sont plus sûres; de ne jamais sortir d'espèces ou mon téléphones en public...
La criminalité venant essentiellement des jeunes, elle m'a dit cette phrase forte, qui m'a touché et qui est tellement réelle ici: "les enfants dans notre pays ils sont touchés par une maladie grave: l'abandon. Leurs parents n'ont pas d'argents, ils ne peuvent pas leur offrir de bonne éducation, ils sont abandonnés et se tourne vers les drogues, ce qui les mènent très jeune à la criminalité.". Elle me dit que quand elle voit ces jeunes, elle ressent une douleur à en pleurer.
Nous arrivons au métro. Je la remercie pour sa gentillesse, elle me sert la main et me dit qu'elle fut enchanté de faire ma connaissance. Je lui promet que je ne l'oublierai pas, parce que ce fut une rencontre brève mais extrêmement touchante. Elle me dit de penser à elle quand je serai en France.
Cette femme a rendu ma journée magnifique en un petit quart d'heure, par sa bonté, sa beauté, son humilité et ses mots. Je penserai à elle en rentrant en France mais aussi dans chacun de mes voyages. Elle qui n'a pas les moyens de partir en voyage, je l'emmènerai dans mes pensées à chacuns des miens.









